Interview croisée

La médiation sociale pour mettre fin aux violences à l’école


Publié le 05/11/2019

Zoom sur une méthode qui a fait ses preuves dans 180 établissements scolaires de quartiers de la politique de la ville, avec nos deux invités : Laurent Giraud, directeur du réseau France Médiation, et Joëlle Martichoux, chargée de mission adultes-relais et médiation sociale au CGET.

Que faire face au harcèlement, aux violences et au décrochage scolaire ? Plutôt que de punir les élèves, les médiateurs scolaires interviennent pour les écouter, apaiser les tensions et construire la relation à l’autre. À l’école, mais aussi en dehors. Mis en place par France Médiation en 2012, en étroite collaboration avec le CGET, le projet des « Médiateurs à l’école » fait un bond en avant cette année, passant de 72 à près de 130 médiateurs en action, d’ici la rentrée 2020.

La médiation en milieu scolaire, qu’est-ce que c’est ?

Laurent Giraud : La médiation sociale, de manière générale, vise à promouvoir le dialogue, le respect de l’autre, l’échange plutôt que le conflit. Dans le cadre de l’école, face à un climat de tensions et de violences, France Médiation a souhaité traiter le problème de manière préventive et non plus curative ou en urgence comme c’était le cas jusqu’alors.

Les médiateurs scolaires sont là pour apprendre aux enfants et aux jeunes à se respecter, à vivre ensemble, à développer leurs ressources personnelles (estime de soi, gestion du stress, motivation…) et leurs compétences sociales et civiques (dialogue, coopération…), ainsi qu’à repérer et désamorcer les conflits avant qu’ils n’éclatent.

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med_sociale_2_05112019.jpg, par flavictoire

Les trois axes de la médiation scolaire : prévenir et gérer les violences et le harcèlement ; lutter contre l’absentéisme et le décrochage scolaire ; développer la culture du dialogue et de la tolérance.

Comment le projet Médiateur à l’école s’est-il mis en place et quel a été le rôle du CGET ?

L. G. : France Médiation a lancé une expérimentation, entre 2012 et 2014, en réponse à un appel à projets du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse. Soutenus, dès le départ, par les ministères de la Ville et du Logement et de l’Éducation nationale, nous avons déployé 40 médiateurs dans 180 établissements scolaires, dans toute la France métropolitaine et l’Outre-mer.

Chaque médiateur scolaire est basé sur un quartier, en charge d’un collège et de deux ou trois écoles élémentaires.
Laurent Giraud, directeur de France Médiation

 

Joëlle Martichoux : Une des forces de ce projet, c’est qu’il part du terrain : ce sont les territoires qui se portent volontaires car la médiation scolaire répond à leurs besoins. Pour chaque médiateur, le projet est construit par les écoles, avec la ville et le préfet de département, et porté par les associations adhérentes de France Médiation.

L. G. : Et le CGET a été à nos côtés dès le début…

J. M. : Le CGET s’investissait déjà dans la médiation sociale à travers les adultes-relais. Aujourd’hui au nombre de 4 000, auxquels s’ajoutent 1 000 postes supplémentaires –, ces derniers travaillent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, auprès des publics les plus fragiles et éloignés de l’emploi ; ils font de la médiation sociale et culturelle.

Lorsque France Médiation a lancé son expérimentation, le CGET a donc fléché des postes d’adultes-relais existants vers la médiation scolaire. Et il n’a cessé d’y apporter son soutien lorsque le dispositif s’est élargi : les 72 médiateurs scolaires sont, aujourd’hui, tous des adultes-relais.

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med_sociale_3_05112019.jpg, par flavictoire

Suite à l’expérimentation dans les 180 établissements scolaires, le harcèlement a diminué de 46 % et le cyber-harcèlement de 90 % chez les garçons de 6e. L’absentéisme a, lui, été réduit de 31 % chez les élèves de 6e.

En quoi l’approche des médiateurs scolaires est-elle inédite ?

L. G. : Pour réussir, la médiation scolaire doit avoir une approche globale : le médiateur n’est pas seulement présent dans les classes et la cour d’école, mais il va aussi en dehors, dans les transports scolaires, à la rencontre des parents, dans le quartier… Il est en contact avec l’ensemble des professionnels qui entourent les enfants au quotidien : les professeurs, le personnel de santé, l’assistante sociale, les clubs de sport et de loisir… et bien sûr les parents. Les médiateurs sociaux vont ainsi pouvoir discuter avec les enfants, identifier les problèmes et les orienter vers les personnes adaptées.

Les problèmes ne s’arrêtent pas à la grille de l’école : il faut accompagner les enfants à chaque instant, dans chaque lieu. 
Laurent Giraud, directeur de France Médiation

 

J. M. : C’est le même constat qui est à l’origine des Cités éducatives, lancées par le ministère chargé de la Ville et du Logement, avec le CGET, et celui de l’Éducation nationale, en septembre dernier. Pour assurer le bien-être des enfants, il est impossible d’agir dans son coin ! Tous les acteurs de la communauté éducative doivent donc travailler ensemble. C’est pourquoi les prochains médiateurs scolaires seront mobilisés, autant que possible, dans le cadre des 80 cités éducatives labellisées.

2019, une année charnière pour la médiation scolaire ?

J. M. : Grâce à notre appel à manifestation d’intérêt (AMI) TremplinAsso, nous allons aider 44 associations à déployer leurs actions dans d’autres quartiers : France Médiation fait partie des lauréats, annoncés en avril dernier, et va pouvoir, grâce au financement obtenu, déployer 55 médiateurs scolaires supplémentaires, d’ici la rentrée 2020.

L. G. : Cet AMI est une réelle opportunité pour nous. Nous avons plus de 100 demandes de médiateurs scolaires en attente, ce qui montre à la fois les grands besoins des territoires et l’efficacité reconnue de cette méthode. C’est aussi un projet qui s’inscrit entièrement dans la politique de la ville menée par le ministère et le CGET.

 

© France Médiation, Aymeric Warmé-Janville 2017.