L'invité

Régis Mitifiot, directeur de la régie de quartier d’Arles


Publié le 06/12/2018

Régis Mitifiot, directeur de la régie de quartier d’Arles et vice-président du Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ), nous présente le rôle des 140 régies dans les quartiers prioritaires, dans le champ de l’emploi, de l’insertion professionnelle et du lien social notamment.

Quel rôle jouent les régies de quartier ? Et quels sont leurs principaux champs d’action ?

Une régie, c’est une association qui rassemble autour d’elle les acteurs des quartiers de la politique de la ville : les habitants, les bailleurs, les villes et les communautés d’agglomération et tous les partenaires du plan local pluriannuel pour l’insertion et l’emploi… Son rôle consiste à travailler sur le développement local, l’insertion professionnelle et le lien social.

Nos 140 régies, qui agissent dans une logique de création d’emplois et de services qui améliorent le cadre de vie, s’inscrivent dans l’économie sociale et solidaire.

Nous répondons à des marchés publics des communes et des bailleurs HLM, par exemple, pour fournir des prestations de nettoyage des immeubles, d’entretien des espaces verts, de médiation sociale avec des équipes de correspondants de nuit… Elles proposent aussi des activités de lien social : jardins partagés, épicerie solidaire… Les services sont conçus selon les besoins de chaque territoire.

Nos adhérents, sur la base d’une cotisation modeste qui ouvre droit à nos services, sont essentiellement des adultes. Nous nous adressons à ce public à travers des démarches d’insertion professionnelle donc, mais aussi d’accompagnement aux outils numériques (ateliers d’inclusion informatique…) pour les démarches administratives ou la préparation de recherche d’emploi ou, encore, au soutien à la fin de carrière pour faire la jonction jusqu’au départ en retraite de nos adhérents…

À Arles (13), comment intervenez-vous dans les quartiers prioritaires et comment impliquez-vous directement les habitants des dans vos projets ?

Regards, notre régie que je dirige depuis dix-huit, est installée à Barriol. Ses actions concernent l’ensemble des trois quartiers prioritaires de la ville, où vivent plus de 9 000 habitants.

Avec nos 120 salariés, nous sommes un employeur important sur le territoire. Nos collaborateurs interviennent dans les espaces verts, des immeubles. Ils réalisent aussi le nettoyage de monuments historiques de la ville, dont nous avons remporté le marché. C’est très emblématique : ce sont des habitants des quartiers qui entretiennent ce patrimoine et le découvrent ainsi par leur travail.

Notre régie propose aussi un service de repassage, sur abonnement, aux habitants du quartier et des quartiers environnants. Et aussi des ateliers informatiques, gratuits.

Le CNLRQ a organisé un séminaire, le 28 novembre dernier, qui s’intitulait « 30 ans de solidarité ». Quels était l’idée et l’objectif de cette manifestation nationale ?

Les premières régies ont vu le jour au début des années 80, et le réseau national s’est structuré en 1988. L’idée, trente ans après, était de mobiliser les régies et leurs partenaires, comme le CGET, car notre projet politique d’origine est toujours d’actualité : mettre les habitants en mouvement et leur permettre d’être décideurs de leur vie.

Nos régies sont en prise directes avec les habitants. Mais, aujourd’hui, l’implication des habitants est rendue plus difficile du fait que le tissu associatif de proximité s’est fragilisé et que moins de services publics sont présents ; il y a donc moins de relais pour les accompagner. Bien souvent, les régies de quartiers et les centres sociaux sont les derniers présents, en contact avec les habitants. D’où la nécessité de continuer notre action tant sur le champ de l’emploi que du lien social.

Comment votre comité national de liaison et les régies travaillent-ils avec le CGET ?

Le CGET est un partenaire important et historique. Nous avons noué une convention de partenariat 2015-2018, axée notamment sur l’éducation populaire, la jeunesse et le service civique et sur la lutte contre les discriminations. Elle nous a permis de construire de nouveaux projets, de les évaluer, modifier ou amplifier pendant trois ans. L’un d’eux, sur le volet éducation populaire, a même été primé par l’Observatoire de la laïcité. C’est appréciable de pouvoir travailler sur la durée. Nous devrions renouveler cette convention de partenariat prochainement.

 

Un séminiaire pour marquer 30 ans de solidarité

Le Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ), soutenu par le CGET, a fêté ses « 30 ans de solidarité », le 28 novembre dernier, à Paris.

L’événement a été l’occasion de valoriser les projets réalisés et les idées innovantes qui façonnent le travail des 140 régies de quartier et leurs actions autour des territoires, de l’éducation populaire et de l’économie solidaire.
« Les régies doivent continuer à questionner la manière de faire politique, au sens large, ainsi que les politiques publiques. Celles-ci doivent être articulées aux spécificités des territoires pour répondre aux besoins des habitants », relève Valérie Beausert-Leick, élue et représentante de la régie de quartier de Laxou (54).
« Nos territoires évoluent avec l’ensemble de la population, les régies de quartier aussi », a souligné Jamel Afri de la régie de quartier de Trélazé (49).

Repères
Actuellement, 140 régies de quartiers et de territoires sont actives. En 2016, 320 régies étaient localisées dans les quartiers prioritaires, desservant ainsi 3 millions d’habitants. Et 40 % d’entre elles se situaient dans un quartier concerné par un projet de rénovation urbaine.
Parmi les acteurs des régies, on compte 2 000 bénévoles, 150 collectivités locales et 340 bailleurs sociaux. Elles emploient 3 300 ETP, au total, en majorité en contrats d’insertion.

« La Laïcité au quotidien », l’expérience des régies contre les discriminations

Le CGET et le Comité national de liaison des régies de quartier ont noué un partenariat axé sur la lutte contre les discriminations. Dans ce cadre, un ouvrage, La laïcité au quotidien, illustre différentes expériences locales qui peuvent être partagées et des pratiques, diffusées. Deux journalistes de Libération et un photographe ont suivi ces actions menées de Saint-Denis à Carcassonne en passant par Grenoble ou La Rochelle.
Ce cahier est remis aux formateurs de la formation Valeurs de la République et laïcité, que pilote le CGET, pour nourrir les exemples d’actions.
La laïcité au quotidien, par Ramsès Kefi et Rachid Laïreche. Photographies de Pierre-Emmanuel Weck. Éd. Les Petits matins (septembre 2018). En librairie (15 euros).

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laicite_quotidien_6122018.jpg, par flavictoire