L'INVITÉ

« Les communes rurales seront des acteurs clés pour l’économie »


Publié le 14/05/2020

Pour faire face à la crise du Covid19, les communes se sont mobilisées sur tout le territoire. Loin d’être en reste, les communes rurales ont mis en place des services et solutions innovants pour venir en aide à leurs administrés. Demain, elles continueront à affirmer et jouer leur rôle clé pour participer à la relance économique et à un développement équilibré de la France, avec l’appui de l’ANCT. C’est la conviction de Vanik Berbérian, président de l’Association des maires ruraux de France et militant de la ruralité.

Que retenez-vous des initiatives nées dans les zones rurales, pendant le confinement ?

Les communes rurales sont, encore une fois, au rendez-vous. Moins d’un an après la crise sociale et l’action « Mairies ouvertes » initiée par l’AMRF, les maires ruraux sont présents pour répondre aux besoins des populations. Ce qui marque la période, c’est la singularité du maire et de son conseil pour assurer la continuité dans la proximité. Ce sont des interlocuteurs capables d’écoute et de considération avec tous, et ils se sont mobilisés sans relâche pour prêter l’attention nécessaire aux administrés les plus fragiles, en lien avec les personnels communaux et les secrétaires de mairies.

Notre association d’élus a pu capter, dès les premiers jours du confinement, une kyrielle d’actions regroupées sur sa plateforme web « Les maires agissent ». Enfin, la dureté de la crise pour les commerçants et artisans, contraints de stopper toute activité, nous a amené à créer un fonds de soutien pour les commerces locaux, avec l’opération C’est ma Tournée-Bouge ton Coq qui a permis aux entrepreneurs de « passer le cap ».

Aujourd’hui, quels sont les principaux enjeux auxquels se trouvent confrontées les communes rurales pour relancer l’activité sur leur territoire ?

Comme en période normale, je dirais, elles jouent un rôle clé d’alerte pour dire que ces territoires-là existent et qu’ils seront au rendez-vous de la relance. En ce sens, la crise révèle une prise de conscience que les bases du développement économique et territorial sur lesquelles notre société a jusqu’à maintenant évolué doivent impérativement être repensées.

Le potentiel de réponses que portent les territoires ruraux en matière de développement équilibré du territoire, des circuits courts ou du télétravail, par exemple, sont aujourd’hui plus que jamais à mobiliser et à généraliser.

C’est l’esprit de la contribution Oser la relance par le local. Oser, parce que trop souvent on pense gros et grands programmes. On parle de réindustrialiser les zones rurales, mais qui peut croire que cela va se faire en six mois ?

« Par le local », c’est le moyen d’accélérer pour redonner aux communes le pouvoir d’agir. C’est ouvrir les yeux sur le fait que les communes rurales seront des acteurs clés pour l’économie et la stimulation de la commande publique. C’est s’appuyer sur la connaissance des maires pour améliorer l’efficacité de la relance des entreprises.

La période est l’occasion de faire un formidable pari pour tous s’y mettre, à la condition de sortir des carcans. Sans refaire le « match de la loi NOTRe », il faut en finir avec le dogme de l’exclusivité de l’exercice de la compétence. En matière économique, les communes sont aussi alertes pour agir aux côtés des EPCI.

Ensuite, la crise a montré que les inégalités territoriales « d’avant » voient leur effet décuplé. Je pense bien sûr au numérique ou à la santé. La situation a ringardisé le rythme de déploiement de la 4G et celui de la fibre. Je peux citer l’impact sur la continuité pédagogique…

Nous disposons d’un outil qui doit être sanctuarisé et amendé : l’Agenda rural. Sanctuarisé parce qu’on voit que malgré les efforts de beaucoup et le portage institutionnel, les traductions dans certains ministères se font attendre. Amendé, parce que la crise a remis en exergue de nouveaux défis comme la question pour notre société de traiter ses aînés. Il est, par exemple, urgent de passer à l’acte en matière de réhabilitation des logements dans tous les villages et de préserver ainsi l’espace pour l’agriculture.

Quel rôle aura à jouer l’ANCT pour les accompagner et les aider à relancer leurs projets ?

Cette agence dispose d’une chance inédite en étant créée dans un moment où le pays a besoin de refaire de ses acteurs publics locaux des motrices du développement du pays. L’Agence a de nombreux chantiers devant elle.

Notre espoir est que l’ANCT soit une interlocutrice qui facilite la subsidiarité des actions, en redonnant aux communes leur autonomie pour en faire un point fondamental de la relance par le local. Son émergence et ses fondements réunissent les conditions pour que l’Agence puisse croire, avec les élus locaux, en la capacité des villages d’être au cœur des territoires de vie de nos concitoyens.

https://www.amrf.fr/

Crédit photo : Mourad Mokrani