Acteurs des territoires

Les Cités d’or : « Quand on a un horizon, on sait quel but on poursuit »


Publié le 23/01/2019

Chronique n°17 : pour lutter contre le décrochage scolaire dans les quartiers prioritaires de la région lyonnaise, l’association Les Cités d’or a choisi une méthode originale. « Laboratoire » de transformation individuelle et collective, elle amène les jeunes à se construire en tant que citoyens. 1 500 jeunes ont été accompagnés, pendant six mois, par cette association soutenue par le CGET depuis 2016. Une action qui s’articule autour de la citoyenneté, du débat démocratique et du civisme pour aider les jeunes décrocheurs à reprendre confiance en eux et à trouver leur place dans la société.

Deux frères, un projet : les Cités d’or. Le premier, Karim Mahmoud-Vintam, a eu un parcours académique brillant. Le second, Sandy, est sorti du système scolaire assez tôt. Forts de leurs différences, ils ont ouvert ensemble un espace pour les jeunes sans repères afin que ces derniers deviennent pleinement acteurs de leur vie et de la société.

À la recherche d’un horizon : les écoles buissonnières

« Notre système scolaire implique que très tôt dans l’existence, il y a deux jeunesses qui se font face : ceux qui croient que le monde leur appartient et ceux qui au contraire pensent qu’il n’y a plus d’espoir », nous interpelle Karim Mahmoud-Vintam, co-fondateur de l’association Les Cités d’or.

En 2007 à Lyon, l’association Les Cités d’Or est née d’une conviction : quel que soit son parcours, chacun peut devenir pleinement acteur de sa vie et de la société. Pour donner corps à ce projet, la fratrie met en place différents ateliers tels que les écoles buissonnières : à chaque session, 14 jeunes de 18 à 25 ans, démunis en tant qu’individus et désarmés en tant que citoyens sont accompagnés durant six mois afin de prendre confiance en eux et de se projeter positivement dans l’avenir.

« L’individu a besoin d’avoir le sentiment de contribuer à la société, sans quoi il ne peut y avoir de participation sociale ou politique. Les jeunes que nous accompagnons manquent d’un horizon où se projeter. Il leur manque du sens et de l’estime de soi », déclare Karim.

Pour répondre à cette quête d’horizon, l’association part des fondamentaux humains et civiques. Il s’agit d’un travail à dimension individuelle, qui va aboutir à la construction d’un projet de vie. Ce travail est mené par des « répondants » ; des adultes formés gratuitement à devenir des « compagnons de sens ».

« Les dispositifs classiques ont tendance à cliver la personne dans des catégories : vie privée, vie professionnelle et vie civique. Nous, aux Cités d’or, on pense qu’on ne peut pas cloisonner les choses ainsi et que la personne a besoin de se construire dans tous ses objectifs de vie », affirme le co-fondateur de l’association.

Une seconde dimension des écoles buissonnières repose sur un accompagnement collectif et pédagogique. Elle est axée sur cinq compétences humaines fondamentales :

  • exprimer une pensée libre et l’argumenter ;
  • se connaître et s’accepter ;
  • tisser des liens ;
  • comprendre le fonctionnement de l’espace social ;
  • savoir s’informer.

Pour cette dernière compétence, les jeunes sont amenés à devenir des « décodeurs ». Ils vont traiter un sujet pour en faire un mini-documentaire, par exemple, pour leur permettre d’aiguiser leur approche des médias.

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cites_or_1_23012019.jpg, par flavictoire

 

Des rencontres marquantes : les auditions publiques

À chaque session, les stagiaires de l’école buissonnière organisent un projet collectif : les auditions publiques. Ensemble, ils choisissent une personnalité dont le parcours les questionne. Devant un public de 200 à 300 personnes, les jeunes sont amenés à animer un débat et à échanger avec cette personnalité.

« Aux auditions publiques, nous avons accueilli Christiane Taubira, Lilian Thuram, Michel Ocelot, Anne Nivat… Chacune de ces personnalités est devenue actrice de sa vie. Pour ces jeunes, c’est un miroir qu’on leur tend », renseigne Karim.

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cites_or_3_23012019.jpg, par flavictoire

 

Un tremplin d’inclusion socio-professionnelle

Depuis la création de l’association, 1 500 jeunes ont été accueillis. À l’issue des parcours d’accompagnement, un quart des jeunes ont repris leurs études et 60 % d’entre eux ont trouvé un emploi. Quant aux autres, ils ont renoué une relation pacifique avec leur environnement et intégré un autre rapport à l’autre, à la vérité et à l’information. En février, deux nouvelles promotions vont être accueillies à Lyon et Vaulx-en-Velin.

« On a de beaux exemples de réussite. Certains jeunes ont monté leur boîte, d’autres se sont engagés dans une MJC (maison des jeunes et de la culture) ou ont créé une association dans leur quartier. Ce qu’on observe, c’est que le programme, même si ce n’est pas son but premier, est un tremplin d’inclusion socio-professionnelle. Il faut relier ce constat à la question du sens : quand on a un horizon, on sait quel but on poursuit. », se réjouit Karim.

Quand on lui demande de quoi il est le plus fier, l’homme répond humblement : « C’est d’essayer de contribuer à donner du sens au mot réconciliation, dans une société aujourd’hui de plus en plus fracturée. Il faut reprendre conscience du fait que soit on s’en sortira tous ensemble, soit on coulera tous ensemble ».

Crédit photos : Les Cités d’or

Fiche d’identité
Nom : Les Cités d’or
Date de création : 2007
Secteur d’activité : lutte contre le décrochage scolaire, insertion sociale   
Taille de l’association : 3 - 5 salariés
Périmètre : quartiers prioritaires et hors quartiers prioritaires de l’agglomération lyonnaise
Action de l’association : 1 500 jeunes accueillis depuis 2007
Financement du CGET : 30 000 € en 2017
Contact : Les Cités d’or