DÉLÉGUÉS DU PRÉFET

Des missions renouvelées, une fonction revalorisée

© Anthony Voisin pour le CGET


Publié le 16/05/2017

316 délégués du préfet représentent l’État dans les quartiers les plus prioritaires de la politique de la ville (QPV). Le CGET assure le pilotage national et l’animation de ce dispositif, créé en 2008, dont une circulaire vient de préciser le périmètre d’intervention. Témoignages.

Une circulaire datée du 21 avril dernier – signée conjointement par le ministre et la secrétaire d‘État chargés de la Ville, le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Fonction publique – actualise les missions et le périmètre d’intervention des délégués du préfet et améliore la condition d’exercice de leur activité.

Des interlocuteurs légitimes et reconnus par les habitants et les acteurs des QPV

« Au service de l’État dans la proximité et dans le partenariat, les 316 délégués du préfet permettent concrètement d’améliorer la réponse publique aux besoins des habitants », précise la circulaire. Affectés à un territoire et placés sous l’autorité du préfet*, ces agents – aux parcours professionnels très divers (lire les témoignages ci-dessous) – sont des interlocuteurs de terrain, qui concourent activement à la mise en œuvre et à l’évaluation des 435 contrats de ville.

Ils participent aux différentes instances partenariales, jouent un rôle de « facilitateur » entre les différents acteurs locaux (collectivités, associations, État local, bailleurs, habitants) et sont étroitement associés à la programmation financière. Ils siègent, en outre, au conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance.

Une fonction revalorisée

La fonction de délégué du préfet est désormais référencée dans le répertoire interministériel des métiers de l’État, publié par le ministère de la Fonction publique. Une reconnaissance attendue pour ces chevilles ouvrières de la politique de la ville.

Un dispositif géré par le CGET

La direction de la Ville et de la Cohésion urbaine (DVCU) du CGET assure le pilotage national du dispositif, son portage budgétaire, la formation et l’animation du réseau.

* Et, le cas échéant, sous la responsabilité du préfet délégué pour l’égalité des chances ou du sous-préfet ville.

Consulter la circulaire interministérielle n° CGET/DVCU/2017/114 du 21/04/2017

 

Quatre délégués témoignent de leurs missions, au quotidien

Lire les témoignages

 

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David Africa, 47 ans, délégué du préfet à Fort-de-France, depuis le 1er janvier 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je mène ma mission dans les quatre quartiers prioritaires de Fort-de-France, qui comptent environ 22 000 habitants. Au fil des années, j’ai noué une relation de qualité avec l’ensemble des acteurs, en particulier les agents et les élus de la commune. C’est essentiel à une mise en œuvre efficace de la politique de la ville.

Au quotidien, bien que les tâches administratives occupent une partie non négligeable de mon temps, je m’oblige à garder le contact avec le terrain. En effet, à mon sens, la véritable plus-value du délégué du préfet, c’est sa connaissance des quartiers et de leurs problématiques. Plusieurs fois par semaine, je me rends donc dans un quartier pour prendre le pouls et échanger avec les acteurs de terrain et les porteurs de projets.

Ensemble, nous travaillons, par exemple, à la création d’un garage solidaire ou d’un centre de tri des TLC (textiles, linges et chaussures), à la mise en place de la clause d’insertion professionnelle – en amenant les maîtres d’ouvrage subventionnés à embaucher des habitants dans les chantiers de renouvellement urbain – ou, encore, au déploiement du Programme de réussite éducative.

Un travail partenarial, gage de réussite du contrat de ville

Pour mener à bien ces projets, le travail partenarial est primordial. Rien ne peut être possible si les partenaires ne font pas converger leurs efforts vers les objectifs fixés dans le contrat de ville. Les comités techniques et de pilotage sont les instances privilégiées pour mettre en cohérence l’ensemble des interventions en faveur des quartiers prioritaires. Ils regroupent les collectivités territoriales, les services et opérateurs de l’État et les autres partenaires (représentants des conseils citoyens, centres de ressources, associations, bailleurs sociaux…).

Par ailleurs, à la demande du préfet, nous avons créé un « comité de coordination de l’État » pour assurer une plus grande implication des services dans l’ensemble du processus du contrat de ville. Les groupes de travail partenariaux non formalisés tiennent aussi une place importante dans ma mission, car ils permettent de gagner en réactivité sur des sujets à traiter rapidement.

Bio express
Titulaire d’un master en administration publique, David Africa a d’abord exercé au sein de l’Éducation nationale. En 2003, suite à sa formation à l’Institut régional d’administration de Lille, il rejoint la Direction de l’agriculture et de la forêt en tant que responsable du Centre interrégional de services des examens pour les régions Martinique, Guadeloupe et Guyane.
En janvier 2010, à l’issue d’un entretien avec un jury, sa candidature a été retenue pour occuper le poste de délégué du préfet.

 

 

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Céline Mermier-Billet, 29 ans, déléguée du préfet dans les Bouches-du-Rhône depuis 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Un.e délégué.e du préfet n’a pas de journée type. Son quotidien est rythmé par l’actualité de la politique de la ville, mais ce sont les contrats de ville et la lettre de mission que le préfet délégué pour l’égalité des chances lui assigne, qui constituent sa feuille de route. Pour ma part, j’interviens dans trois villes, avec des spécificités propres à chacune, et j’accompagne trois conseils citoyens.

À Port-Saint-Louis-du-Rhône, sorti de la géographie prioritaire en 2014, je m’assure de la coordination du droit commun de ce « territoire de veille active ». Il faut maintenir une vigilance à destination de ces quartiers qui demeurent fragiles. Miramas compte deux importants quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), qu’un premier programme de renouvellement urbain a permis de beaucoup désenclaver. La ville est en train d’achever son protocole de préfiguration du nouveau programme de renouvellement urbain. Ici, mon rôle consiste à veiller à la bonne articulation entre ce protocole et le contrat de ville, en particulier avec le pilier consacré au cadre de vie. À Istres, il n’y a qu’un seul QPV sur lequel je porte une attention particulière dans le champ de l’emploi et du développement économique. Dans le département des Bouches-du-Rhône, l’emploi est la priorité des priorités. Et le préfet délégué pour l’égalité des chances, auquel je suis rattachée, souhaite que 30 % des crédits de l’État y soient affectés.

Mon travail consiste à coordonner l’intervention des services de l’État dans les QPV. Ces actions sont menées aux côtés des agents de la Direccte, de l’Agence régionale de santé, de la direction régionale et départementale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale et de la Direction départementale des Territoires et de la Mer. Je peux donc m’appuyer sur ces services qui ont une expertise technique déterminante pour la cohérence de l’action publique.

Rendre concrète l’action publique

À mon arrivée, ma préoccupation a d’abord été de nouer cette relation avec les habitants, les associations et les centres sociaux des quartiers prioritaires.

Auprès des collectivités, mon intervention vise à accompagner toutes les initiatives et les projets au bénéfice des quartiers prioritaires tout en veillant au respect du cadre général de la politique de la ville. Pour cela, je m’attache à rester factuelle, constructive et objective.

Cela m’a permis de contribuer à des actions concrètes pour le quotidien des habitants. Par exemple, nous utilisons le cadre de l’abattement de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour impliquer le conseil citoyen Nord de Miramas et celui d’Istres sur les actions engagées par les bailleurs dans leur quartier, comme la mise en place d’une plus grande fréquence de nettoyage des parties communes des immeubles. C’est important pour améliorer le cadre de vie. À Miramas, j’ai aidé le conseil citoyen Nord à réaliser l’un de ses projets : l’organisation d’un « loto écologique » pour sensibiliser les habitants au recyclage.

C’est cela qui guide ma place de déléguée du préfet sur le territoire et celle de mes 20 collègues dans les Bouches-du-Rhône. »

Bio express
Juriste formée à la faculté de droit et à l’IEP d’Aix-en-Provence, Céline Mermier-Billet a ensuite suivi la formation, à vocation interministérielle, de l’Institut régional d’administration de Bastia. Pour sa première affectation, elle a rejoint l’Éducation nationale, en tant que gestionnaire d’une cité scolaire (collège, lycée et Greta) dans le Gard.

 

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Nassiri Attar, 34 ans, délégué du préfet dans le Loiret depuis 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Étudiant, j’avais fait mon master sur la politique de la ville, et j’ai toujours marqué un fort intérêt pour le social. Pour moi, remplir la fonction de délégué du préfet n’est pas un hasard. Ça a du sens, d’autant que je suis moi-même originaire d’un quartier de l’Yonne. Notre rôle, c’est d’impulser l’action publique. Notre plus-value, c’est le terrain. Nous sommes des facilitateurs.

Je m’occupe de sept quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Ces derniers se situent tous au sein de la communauté urbaine orléanaise. Je partage mon bureau entre la préfecture et le quartier de l’Argonne, l’un des plus gros QPV de l’agglomération. J’y tiens une permanence pour informer les habitants, leur expliquer les projets, les multiples dispositifs, le renouvellement urbain… Ils me connaissent par le bouche-à-oreille et par mes interventions auprès des associations. J’aide celles-ci à monter leurs dossiers et projets. Mon intervention permet aussi aux jeunes de s’informer et de découvrir les dispositifs dont ils peuvent bénéficier et s’emparer.

La confiance établie avec les habitants et les acteurs de l’État est un atout considérable. Je travaille beaucoup avec les chefs d’établissements scolaires autour de la laïcité et de la citoyenneté. Nous avons organisé une trentaine d’interventions dans des classes de primaire et de collège, en lien étroit avec les enseignants et les parents d’élèves. Pour cette année 2017, je veux axer mon travail sur le lien éducation et emploi.

Des actions concertées et des habitants impliqués

Pour prévenir toute forme de délinquance, j’anime des réunions mensuelles avec la police nationale et la police municipale, la mairie, les adultes-relais, les bailleurs sociaux, les centres sociaux et l’Éducation nationale. Ces échanges réguliers nous permettent de faire des repérages, d’avoir des points de vigilance et de mener des actions concertées sur des lieux précis, en particulier à l’Argonne qui est aussi une zone de sécurité prioritaire. Et grâce au travail en équipe, les résultats se font sentir : le niveau de délinquance baisse.

Je constate que beaucoup d’habitants ont envie de s’investir dans leur quartier. La mise en place des conseils citoyens est une « révolution culturelle ». Ce dispositif va loin dans l’implication des habitants. La métropole en compte dix, et elle mène une action collective d’accompagnement, avec une association, pour aider les conseillers citoyens à mieux comprendre leur rôle et leur apprendre à devenir autonomes. Ma mission consiste aussi à soutenir ce travail de pédagogie. »

Bio express
Après avoir suivi un cursus en histoire contemporaine et en droit public, Nassiri Attar a enseigné l’histoire dans un collège (ville de Dijon), avant son admission à l’Institut régional d’administration de Lyon. Il a ensuite travaillé au Crous de l’académie Orléans-Tours.

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 Michel Garcia, 59 ans, délégué du préfet des Yvelines, président fondateur de l’association nationale des délégués du préfet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le délégué du préfet est un acteur interministériel. Cette fonction est moderne et innovante ; elle instaure de la proximité et de la permanence qui rend visible l’action de l’État dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires sortants. La présence des 316 délégués au quotidien est un gage de sa réussite.

Cette mission de trois ans (éventuellement renouvelable) s’appuie sur l’alchimie de trois dénominateurs communs : la bonne gouvernance du préfet avec son délégué, la relation avec les collectivités et les acteurs locaux et, enfin, le savoir-être. Il faut de l’écoute, de l’humilité, de la souplesse, mais aussi une force de persuasion pour faire avancer les choses en évitant les pressions éventuelles.

Quand on est issu de l’administration, c’est un plus car on connaît ses mécanismes, ses codes, ses forces et ses faiblesses, l’organisation territoriale… Mais la diversité des origines de nos parcours permet d’avoir également des expertises complémentaires, d’apporter des éclairages nouveaux sur le diagnostic.

La circulaire sur les contrats de ville est principalement notre feuille de route, au-delà des orientations et préconisations demandées par le préfet. Mais nos champs d’action évoluent au rythme des politiques publiques et des enjeux nationaux. C’est ainsi que nous travaillons, par exemple, sur la prévention de la radicalisation depuis peu. Enfin, nous sommes également force de proposition et contributeurs sur de grands sujets d’actualité, tant à la demande du CGET que du ministre en charge de la politique de la Ville.

Le rôle de l’association nationale des délégués du préfet, c’est de diffuser auprès du réseau des délégués du préfet de l’ensemble de la métropole et des communes l’information utile à ses missions : circulaires, programme de formation, etc. Nous sommes aussi une courroie de transmission pour remonter, auprès de l’administration centrale, les difficultés d’exercice de la mission sur le terrain.

En termes de ressources humaines, nous avons travaillé pendant plusieurs mois à l’harmonisation et à la valorisation de la gestion RH dans le cadre d’un groupe de travail avec le CGET, et le ministre de l’Intérieur et toutes les RH des ministères et opérateurs concernés pourvoyeurs de délégués du préfet. Un groupe de suivi de la mise en œuvre de ses préconisations va se mettre en place très prochainement.

Nous sommes aussi extrêmement vigilants aux conditions du retour dans l’administration d’origine des délégués du préfet. Elle est souvent difficile et ne valorise pas assez cette expérience acquise, notamment en matière d’interministérialité ou encore de démarche de projet. »

Bio express
Diplômé de l’École nationale supérieure de la police, Michel Garcia a notamment été, au fil de sa carrière, directeur d’un centre d’études et de formation, officier de liaison pour la presse internationale lors de célébrations nationales, adjoint au sous-préfet chargé de la politique de la ville...
Aujourd’hui, il est auditeur de l’Institut des hautes études du développement des territoires en Europe (Ihedate) et également membre de l’Observatoire national de la politique de la ville (onpv.fr).

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