SUR LE TERRAIN

La PAT, levier du développement d’une PME à Béziers


Publié le 17/06/2016

Située en lisière de Béziers, dans le vignoble de l’Hérault, Technilum est une PME familiale qui fabrique du mobilier d’éclairage urbain depuis 1971. Agnès Jullian, fille du fondateur, dirige cette entreprise de 35 salariés. Pour soutenir ses projets de développement, la chef d’entreprise a obtenu, notamment, le soutien de la PAT, la prime d’aménagement du territoire pour l’industrie et les services, que gère le CGET à travers le secrétariat général de la Ciala. Reportage.

 

Au sommaire

 

Installée dans un ancien chai à Lézigno, sur la commune de Béziers, Technilum est une PME dynamique de 45 ans, qui ne manque pas de projets. Son mobilier d’éclairage urbain est installé dans le monde entier : à Londres, Genève, Stockholm, Istanbul, Shanghai, New York, Toronto ou Jérusalem, tout comme à Nice, Paris, Montpellier ou Roissy…

Ce jour-là, les salariés du bureau d'études s’attellent à concevoir les lampadaires du futur – nouvelles formes et fonctionnalités (smart city, notamment). D’autres collaborateurs s’activent dans les ateliers de production et fabriquent les commandes en cours : usinage des pièces et profilés en aluminium, assemblage mécanique des candélabres et lampadaires, conditionnement et expédition…

Mais,aujourd'hui, les capacités de production se trouvent contraintes par des installations saturées (problème d'espace pur le montage et le stockage, manque de quai et de pont roulant pour le chargement des camions, etc.) « Pour développer mon entreprise et accroître sa production, je devais absolument agrandir son site et renforcer mes équipes. Pour moi, il n’était pas question de quitter la région ni de délocaliser mon activité », indique sa présidente, Agnès Jullian, de retour d’un voyage d’affaires de New York. Son projet ? Construire une extension industrielle du site pour développer et optimiser ses process de production, et augmenter ses forces commerciales. Des investissements forcément lourds pour une PME.

 

 

Des aides pour les entreprises locales et l’emploi direct

C’est là qu’est intervenue la Ciala, la commission interministérielle des aides à la localisation des activités, dont le CGET assure le secrétariat général. Lors de sa commission de février 2016, elle a retenu le dossier de Technilum parmi les demandes de prime d’aménagement du territoire (PAT) déposées.

 

Comment fonctionne la PAT ?
 
Créée en 1982, cette aide directe de l’État à l’investissement est accordée sur dossier, examiné par la Ciala, dont le CGET assure le secrétariat général. En 2016, cinq commissions sont organisées pour étudier les candidatures. Elles réunissent, outre des représentants du CGET, les ministères chargés de l’Industrie, de l’Emploi, de l’Agriculture et de la Défense, ainsi que Business France.
 
Pour être éligibles, les entreprises doivent répondre à plusieurs critères définis dans le décret du 16 septembre 2014 qui régit la PAT. Ces critères varient selon la taille des entreprises demandeuses et la nature des projets présentés (création d’établissement, extension capacitaire ou reprise d’entreprise). Quoi qu’il en soit, le projet présenté doit être situé dans l’une des 5 083 zones d’aide à finalité régionale (AFR), en métropole et dans les Dom.
 
Le montant de la prime d’aménagement du territoire peut atteindre jusqu’à 15 000 euros de subvention par emploi créé, selon la situation socio-économique du bassin d’emploi local ou le caractère innovant du projet notamment. Ensuite, la prime est versée en trois fois, et des contrôles sont opérés au cours des trois à cinq ans qui suivent cet octroi pour s’assurer que l’entreprise bénéficiaire respecte bien ses engagements.
 
Informations pratiques 
Calendrier des commissions de l’année 2016 

 

Pour bénéficier de cette prime, Technilum a dû répondre aux critères suivants : présenter un projet de développement solide et durable, créer des emplois et être installée dans une zone prioritaire de l’aménagement du territoire, éligible aux aides à finalité régionale (AFR). « Ce projet d’extension nous fera progresser sur nos marchés, notamment à l’export, et améliorera aussi notre productivité et notre rentabilité. D’ici 2020, nous nous sommes engagés à créer 20 emplois pour répondre à ces enjeux, relève Agnès Jullian. Ces recrutements permettront de renforcer la production, le bureau d’études, les supports administratifs ou le développement commercial y compris le marketing de l’entreprise. »

Pour soutenir la création de ces emplois, Technilum a obtenu une PAT de 300 000 euros, soit 15 000 euros par emploi à créer en CDI, d’ici à trois ans.

 

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portrait_agnes_julian3.jpg, par flavictoire

 
 

 

Dans une conjoncture économique difficile, les aides auxquelles nous sommes éligibles vont nous permettre d’alléger l’investissement global – 8 millions d’euros au total – et de réduire le niveau d’endettement de l’entreprise et ses charges de remboursement. La PAT nous aidera à revenir plus vite à l’équilibre.
Agnès Jullian, présidente de Technilum

 

 

État, collectivités et entreprises en relation étroite

En relation régulière avec les entreprises bénéficiaires de la PAT, le secrétariat général de la commission interministérielle des aides à la localisation des activités (Ciala) a visité, ce jour-là, l’extension du site de Technilum, en cours de construction. Un projet ambitieux dont les représentants du secrétariat général de la Ciala et ses correspondants de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées ont voulu prendre la mesure, lors d’un échange direct avec la chef d’entreprise. « Les relations avec le CGET ont d’emblée été excellentes. L’écoute et l’expertise dont ont témoigné mes interlocuteurs sont de grande qualité », estime Agnès Jullian.

Sur le terrain, les acteurs du développement économique ont pu constater un autre atout de la PAT : elle a rassuré les quatre établissements financiers impliqués dans le projet de la PME. En général, relèvent-ils, l’investissement de l’État auprès d’une entreprise conforte la fiabilité de son projet et de ses engagements.

« La PAT a un bon impact sur les PME comme Technilum. Même si son business plan reste solide sans cette aide, celle-ci apporte un plus à la compétitivité de l’entreprise. C’est un levier financier convainquant lors des tours de tables avec les financeurs : les banques, BpiFrance, la Région et les EPCI* qui, souvent, abondent la PAT attribuée », constate Agnès Tixier d’Invest Sud de France.

* Établissement public de coopération intercommunale.

 

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portrait_agnes_tixier3.jpg, par flavictoire

 

En tant qu’agence régionale de développement économique en charge de l’attractivité, outre l’accompagnement des entreprises locales dans leur croissance, notre rôle consiste aussi à prospecter et à attirer de nouveaux investisseurs nationaux et internationaux en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Et la PAT est une aide à caractère très incitatif et très attractif dans un contexte où nous sommes en concurrence quasi-systématique avec d’autres régions françaises et européennes. Les grandes entreprises, notamment, font jouer la mobilité au sein de l’Union européenne. Il faut pouvoir les retenir et les convaincre de l’intérêt de rester dans notre région, de bénéficier de sa position géographique, qui est un tremplin vers les marchés du sud de l’Europe, de ses infrastructures développées, de ses savoir-faire, de sa qualité de vie et, aussi, des aides à l’implantation, dont celles de l’État.
Agnès Tixier, directrice générale de l’Agence régionale de développement économique attractivité, Invest Sud de France

 

L’autre force de la PAT provient de l’organisation de la Ciala, qui collabore avec plusieurs partenaires du développement économique, au plus près du terrain. « Sur tous les dossiers de candidatures déposés par les entreprises auprès de la commission, il y a un audit externe. C’est une exigence du CGET pour évaluer la fiabilité des projets. Nous travaillons tous ensemble, avec la préfecture, la Région et la Ciala : l’efficacité de ce « collectif France » est probante pour les entreprises étrangères », conclut Agnès Tixier.
 

 

En chiffres
 
25,2 millions d’euros de PAT alloués en 2015
  
> 38 projets bénéficiaires qui représentent 7 000 emplois, conservés ou créés, et 475 millions d’euros d’investissements réalisés à travers toute la France ;
> 30 % de l’enveloppe de la PAT consacrés au PME (contre 24 % en 2014) ;
> un tiers des projets aidés est porté par une entreprise étrangère ;
> la région Hauts-de-France présente le plus de projets primés en 2015 (8) devant Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (6).

 

 

Questions à

Christian Levon, référent unique aux investissements à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), en Languedoc-Rousillon Midi-Pyrénées.

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christian_levon3.jpg, par flavictoire

 

Quel est votre rôle, en tant qu’acteur du développement économique ?

C. L. : Mon rôle consiste à repérer des entreprises locales, sur le périmètre des cinq départements que je couvre, dont les projets et l’activité pourraient répondre aux critères de la prime d’aménagement du territoire (PAT) ou de l’aide à la réindustrialisation (ARI).

Pour cela, je m’appuie sur mon réseau professionnel et mes partenaires ainsi que sur la presse quotidienne régionale. Quand celle-ci fait écho à un projet d’investissement intéressant d’une PME, avec des créations d’emplois à la clé, j’entre en contact avec elle.

Sur le terrain, comment travaillez-vous avec les entreprises ?

C. L. : Je vais directement voir les chefs d’entreprises pour bien cerner leurs projets ; j’en rencontre deux à trois par semaine. Mon but est d’évaluer dans quelle mesure ces entreprises, en particulier les PME, sont susceptibles de bénéficier des aides de l’État.

Quand j’interviens en amont, je les aide à construire leur dossier et à monter leurs projets d’investissement. Je peux aussi intervenir après l’instruction. C’était le cas pour Technilum, par exemple : le CGET m’a demandé d’analyser son dossier de candidature à la PAT pour évaluer la fiabilité de son projet et son impact territorial.

Actuellement, je suis trois dossiers de demande de PAT déjà bien avancés. Et je table sur une huitaine d’autres projets dans l’industrie. Tous sont des dossiers sérieux et prometteurs, qui devraient aboutir lors des prochaines commissions.

Quels avantages voyez-vous à l’organisation de la Ciala ?

C. L. : Nous travaillons ensemble – services de l’État délocalisé, collectivités territoriales et CGET pour le secrétariat général de la Ciala – et au plus près des entreprises. Pour elles, avoir un interlocuteur unique sur ces dispositifs, c’est un atout. Les dirigeants de PME sont au four et au moulin. Beaucoup d’entre eux ne connaissent pas ces dispositifs, et ils n’ont pas le temps de se renseigner. Les entrepreneurs recherchent l’efficacité avant tout !

Une fois bien informés et accompagnés, ils prennent conscience que ces aides de l’État sont des leviers intéressants. Ils permettent aux entreprises de rassurer les investisseurs et, surtout, les prêteurs, banques et collectivités.
 

Repères
 
En 2012, la France compte 3,55 millions de PME, y compris micro-entreprises, dans les secteurs marchands non agricoles. Elles emploient 15 millions de salariés, soit près de la moitié des emplois en France (source BPI France).
 

© N. Kharbache/Communication CGET - Technilum