Exposition Paysages français à la BnF

Raphaële Bertho, commissaire de l’exposition

Raphaële Bertho, Maîtresse de conférences en arts, Université de Tours (ici en 2013 à Arles), est commissaire de l’exposition avec Héloïse Conesa, conservatrice pour la photographie contemporaine à la Bibliothèque nationale de France.


Publié le 17/10/2017

Pourquoi avez-vous choisi de démarrer cette exposition avec des clichés de la mission photographique de la Datar ?

Raphaële Bertho : Cette mission a marqué un tournant important dans l’histoire du lien entre la photographie, les institutions publiques et le paysage. Auparavant, la photographie donnait à voir les grandes transformations urbaines, comme les travaux d’Haussmann au XIXe siècle, à Paris. La photo était alors assignée à un rôle documentaire sur l’action menée, descriptive et sans figure humaine. Les photographes étaient, eux, cantonnés à un rôle « d’exécutants ».

La mission photographique de la Datar, lancée en 1983, est un point de rupture. Des aménageurs se sont adressés aux photographes comme à des artistes, des auteurs à part entière. Ils leurs ont proposé d’apporter un autre regard, une lecture différente. Cette approche a fait émerger une « pédagogie de la commande publique », liée à la volonté de la Datar de montrer l’exemple pour que des projets similaires se développent en France.

En 1988, à la fin de la mission, les 1200 tirages d’épreuves ont été déposés à la BNF qui les conserve depuis plus de trente ans. Le fait de les présenter, aujourd’hui, est exceptionnel car ces images n’avaient jamais été exposées dans leur ensemble.

À travers le temps, qu’est-ce que cette exposition nous raconte des évolutions de la manière de voir les paysages français ?

R. B. : Elle relate l’évolution du paysage français dans le temps, mais aussi celle des politiques publiques liées aux territoires. Jusqu’aux années 80, on abordait encore le paysage avec un filtre pittoresque, alors qu’étaient apparus les grands ensembles d’habitation, les grandes infrastructures et les métropoles.

Dans la décennie suivante, avec la loi paysage de 1993, on en vient à la protection des grands paysages et à un point de vue sur des paysages plus quotidiens, avec une attention portée à leur évolution. Par ailleurs, c’est une époque de grands chantiers, à Paris avec la Pyramide du Louvre, ou le « chantier du Siècle » du tunnel sous la Manche, dans le Nord-Pas-de-Calais, suivi par vingt ans de commandes publiques. Peu à peu, avec la décentralisation, ces commandes ont aussi été initiées par les Régions ou les villes en transformation.

Enfin, au tournant des années 2010, on passe du paradigme du paysage à celui du territoire, et de la manière dont on le vit à travers cette idée que les habitants sont parties prenantes du paysage. L’engagement des citoyens s’affirme, et les photographes sont eux-mêmes à l’initiative de ce travail de représentation. Le photographe s’inscrit désormais dans le paysage où l’humain, l’habitant, est en interaction avec son environnement et appartient à un territoire.

Comment s’est modifiée l’approche photographique des paysages sur ces quarante ans ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

R. B. : La mission photographique de la Datar a participé à la légitimation  de la photographie dans le champ de l’art contemporain. Au fil des années, on observe plusieurs changements, dans la posture des photographes qui revendiquent l’importance du protocole de prise de vue, dans la question de la topographie (on suit le cours d’un fleuve, on traverse la France de part en part…) ou, encore, dans la forme même des images : format, apparition d’une image en mouvement, développement des installations, émergence de la couleur, introduction du récit ou de la mise en scène. On observe un mouvement général qui va de la description à l’inscription, du paysage au territoire.

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paysages_francais_19102017.jpg, par flavictoire

En pratique : du 24 octobre 2017 au 4 février 2018, BNF François-Mitterrand, galeries 1 et 2. Du mardi au samedi de 10 h à 19 h ; le dimanche de 13 h à 19 h (fermeture le lundi et les jours fériés). Plein tarif : 11 €, tarif réduit : 9 €, gratuit avec le pass Lecture/Culture.

Repères
Lors de ses vingt ans, la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar) avait lancé une vaste commande artistique de photographies afin de « représenter le paysage français des années 1980 ». Ce projet a impliqué 29 photographes, jeunes auteurs ou artistes confirmés, français et étrangers.