Les inégalités sexuées dans les territoires fragiles


Publié le 08/03/2016

À l’occasion de la journée internationale des Droits des femmes, le CGET publie une note (note complète en téléchargement ci-dessous) pour mieux connaître et mieux lutter contre les inégalités sexuées dans les communes très peu denses et les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Cette note valorise les principaux indicateurs résultant d’un groupe de travail piloté par le CGET en partenariat avec le service des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes (SDFE-FH), le Haut-conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et l’Insee.

Comme l’a mis en exergue un rapport du Haut-conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes remis en juin 2014 à la ministre des droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports, les inégalités femmes-hommes se rencontrent dans tous types de territoires, mais elles s’expriment avec une acuité particulière dans les territoires fragiles (quartiers prioritaires de la politique de la ville et territoires ruraux).

Ces inégalités se donnent à voir dans de nombreux domaines et se croisent souvent avec les difficultés économiques et sociales de ces territoires.

C’est pourquoi, conformément aux orientations gouvernementales pilotées par le ministère en charge des droits des femmes, la promotion de l’égalité femmes-hommes constitue une priorité transversale dans les interventions du commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) qui a pour mission de promouvoir l’égalité des citoyens dans les territoires et de développer les territoires au bénéfice de leurs habitants. Ces interventions s’effectuent en particulier dans le cadre des contrats de ville et des contrats de plan État-Région, mais relèvent également de mesures adoptées les 6 et 13 mars 2015 par le comité interministériel égalité et citoyenneté (CIEC) et le comité interministériel aux ruralités (CIR).

De façon à mieux combattre les inégalités sexuées et territoriales dans les différentes actions qu’il soutient, le CGET conduit un travail d’observation destiné à mesurer ces inégalités, à la fois dans les territoires ruraux, définis ici à partir d’un critère de densité, et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) , tant en ce qui concerne les écarts de situation entre les femmes et les hommes que pour ce qui est de situations différenciées entre les femmes de ces territoires fragiles et de la France entière.

Les données ci-après résultent d’un groupe de travail piloté par le CGET avec la participation du Service des droits des femmes et de l’égalité, du Secrétariat général du Haut-conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et de l’Insee. Il s’agit d’une première sélection d’indicateurs qui sera prochainement complétée et mise à disposition sur le site du CGET.

Une forte présence des familles monoparentales dans les quartiers prioritaires

infog_egfh_8mars2016_01.jpg

infog_egfh_8mars2016_01.jpg, par hvanmalle

 

Alors que la part de familles monoparentales est de près de 17 % en France en 2010, elle est nettement supérieure au sein des quartiers prioritaires de la politique de la ville où elle atteint 24 % (avec dans  89 % des cas une femme comme parent). Dans les communes très peu denses, la part des familles monoparentales est inférieure au niveau national : en 2012, dans ces communes, 9 % des familles sont monoparentales, avec dans 74 % des cas une femme comme parent.

La situation spécifique des quartiers prioritaires appelle une attention particulière en termes d’accompagnement et de soutien à la parentalité.

 

Un fort déficit de formation chez les femmes des quartiers prioritaires ; dans les espaces très peu denses, ce déficit ne touche que les plus âgées

infog_egfh_8mars2016_02.jpg

infog_egfh_8mars2016_02.jpg, par hvanmalle

 

La part de femmes peu diplômées  parmi  les femmes de 15 ans ou plus non scolarisées atteint, en 2010, 75 % au sein des quartiers prioritaires, soit 20 points de plus que pour la France entière et 3 points de plus que pour les hommes des quartiers prioritaires.
Ces constats invitent à une mobilisation particulière dans les domaines du soutien à la scolarité, de l’orientation et de la lutte contre l’échec et le décrochage scolaires.

Au sein des communes très peu denses, la proportion de femmes peu diplômées est également supérieure (de 6 points) au taux national. Mais cette surreprésentation de femmes peu diplômées, dans ces espaces, ne concerne que les plus âgées d’entre elles : chez les jeunes femmes (15-29 ans) la part de celles qui n’ont aucun diplôme est plus faible qu’au niveau national (respectivement 14 % et 18 %), et il en est de même entre 30 et 49 ans (17 % et 19 %).
Par ailleurs, à l’inverse de ce que l’on observe dans les quartiers prioritaires, l’écart entre les deux sexes est en faveur des femmes, ces dernières étant ainsi moins souvent peu diplômées que les hommes (écart de 5 points) dans ces espaces très peu denses.

En France, la part des femmes diplômées de l’enseignement supérieur parmi les femmes non scolarisées de plus de 15 ans est, en 2012, légèrement supérieure à celle des hommes (27 % contre 25% en 2012).  Cette part est plus de deux fois moindre au sein des QPV en 2010 (12 %) où elle est par ailleurs à peine supérieure à celle des hommes (+0,5 points).  

Dans les communes très peu denses, ce taux de femmes très diplômées est plus faible qu’au niveau national (21 % des femmes), mais l’écart avec les hommes est important (5 points, en faveur des femmes). Dans ces mêmes territoires, on constate une très forte progression de la part des femmes diplômées de l’enseignement supérieur entre les générations (12 % chez les plus de 50 ans, 34 % parmi les femmes de 15 à 29 ans).   

 

L’accès à l’emploi est particulièrement difficile pour les femmes des quartiers prioritaires

infog_egfh_8mars2016_03.jpg

infog_egfh_8mars2016_03.jpg, par hvanmalle

 

Avec d’autres facteurs liés à l’état du marché du travail dans les territoires, à la mobilité ou encore aux discriminations, le niveau de formation intervient dans l’accès à l’emploi des femmes.

Au sein des quartiers prioritaires, à peine plus de quatre femmes sur dix, entre 15 et 64 ans, occupent un emploi, soit un taux d’emploi inférieur de 17 points à celui des femmes à l’échelle nationale qui est de 59 ,8%. Il est également inférieur de 11 points à celui des hommes des mêmes quartiers.

Au sein des communes très peu denses, en revanche, le taux d’emploi des femmes est relativement élevé : plus de six femmes sur dix (62,8%), entre 15 et 64 ans, occupent un emploi en 2012, soit un taux supérieur de 3 points au niveau France entière. Il est néanmoins inférieur de 8 points à celui des hommes dans ces espaces très peu denses, soit un écart du même ordre de grandeur que dans l’ensemble du pays.  

Ces données témoignent d’une moindre présence persistante des femmes par rapport aux hommes sur le marché du travail, dans tous les types de territoires, avec une situation de retrait fortement accentuée dans les QPV.

 

infog_egfh_8mars2016_04.jpg

infog_egfh_8mars2016_04.jpg, par hvanmalle

 

Si, dans les territoires ruraux très peu denses, le chômage est plus bas qu’ailleurs, les femmes y sont plus fréquemment confrontées que les hommes (11,7%, soit un écart de 2,4 points) en 2012, ce qui est fortement accentué chez les jeunes de 15 à 24 ans (taux de chômage de 28,1 % pour les femmes avec un écart de 6,2 points par rapport aux hommes). La part des femmes occupant un emploi à temps partiel y est 4 points plus élevée que pour la France entière (30,6% chez les 25-54 ans et 35% chez les plus de 55 ans) et très nettement supérieure à celle des hommes (respectivement 5 et 14%).
Dans les quartiers prioritaires, le taux de chômage des femmes  (plus de 20% des actives) est plus de deux fois plus élevé qu’ailleurs, mais il est sensiblement plus faible que chez les hommes de ces quartiers (près de 30 %), ce qui s’explique probablement largement par leur retrait pur et simple du marché du travail (à peine plus d’une femme sur deux est active, entre 15 et 64 ans, dans ces quartiers).

Enfin, l’emploi précaire  est plus fréquent pour les femmes tant des territoires ruraux (en particulier chez les 20-24 ans où il concerne 49,4 % des femmes salariées et 37,7 % des hommes salariés) que des quartiers prioritaires (22,4 % du total des femmes en emploi contre 20,5 % des hommes).  

Tout en tenant compte des spécificités territoriales, ces inégalités dans l’accès à l’emploi des femmes dans les territoires fragiles appellent des réponses globales sachant articuler les actions d’accompagnement et de formation, le soutien à l’entrepreneuriat féminin, la lutte contre les freins périphériques (garde des enfants, mobilité…), la lutte contre les discriminations...

 

Une part élevée de retraitées dans les territoires très peu denses

La part des retraités est beaucoup plus élevée dans ces communes que pour la France entière (+7 points). Les femmes retraitées y représentent ainsi 34,1% des catégories socio-professionnelles contre 32,2% chez les hommes ce qui est lié au vieillissement marqué de la population dans ces territoires. Il en résulte des enjeux en termes d’accompagnement des personnes âgées, d’adaptation des politiques publiques, mais aussi de développement de la « silver économie ».

 

Les femmes se sentent plus souvent en insécurité que les hommes, quel que soit le type de territoire

infog_egfh_8mars2016_05.jpg

infog_egfh_8mars2016_05.jpg, par hvanmalle

 

Au sein des anciennes ZUS, la part de femmes exprimant un sentiment d’insécurité dans leur quartier est plus de deux fois supérieure à celle des femmes de la France entière (31,7 % contre 14,7 %). Ce sentiment est par ailleurs beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, dans ces quartiers (écart de 12 points). Ce sentiment d’insécurité repose pour une part sur une peur issue d’un vécu personnel de l’insécurité et plus largement sur une inquiétude plus diffuse liée à un climat général de désordre, d’incivilités et de prégnance des trafics et consommations de drogues. Dans les faits, les femmes des ZUS ne sont guère plus exposées que les habitantes des autres quartiers aux atteintes personnelles : les violences physiques au sein du ménage (3,5 %) et dans l’espace public (3,2 %) y sont un peu plus importantes que dans la France entière (2,4 % et 2,1 %) et les injures concernent 13 % d’entre elles (contre 11 %).

Au sein des communes peu ou très peu denses, la part des femmes de plus de 18 ans exprimant un sentiment d’insécurité dans leur commune est deux fois supérieure à celle des hommes (7,1 % contre 3,4 %). Mais cette proportion est deux fois plus faible que chez les femmes des autres communes. Cette moindre occurrence du sentiment d’insécurité est à comparer avec un taux de victimation plus faible s’agissant à la fois des menaces et injures (8,7 % contre 11,1 %) et des vols ou tentatives de vols avec ou sans violence (1,4 % contre 2,3% chez les femmes de 18 à 29 ans). La différence est moindre pour ce qui concerne les femmes de 18 à 29 ans victimes de violences physiques ou sexuelles (4,0 % contre 4,8 % pour la France métropolitaine).

Ces différences témoignent de l’importance d’apporter des réponses territorialisées et adaptées à l’insécurité des femmes, en agissant à la fois sur la prévention et la lutte contre les violences faîtes aux femmes dans la sphère privée et sur l’insécurité dans l’espace public.

  • Mieux connaître pour mieux lutter contre les inégalités sexuées dans les territoires fragiles
    note-egfh-8mars2016.pdf