MARCHES EXPLORATOIRES

Les femmes marchent pour améliorer leur cadre de vie


Publié le 06/02/2017

France médiation a réuni, le 2 février dernier, les 150 marcheuses des 12 sites expérimentaux des marches exploratoires, quatre mois après la remise de son rapport aux ministres chargés de la Ville et à la ministre des Droits des femmes. Une journée qui, à l’instar de cette expérimentation soutenue par le CGET, a rencontré un vif succès. « Les marches exploratoires vont être généralisées dans tous les quartiers prioritaires par le biais du contrat de ville », a confirmé Hélène Geoffroy, secrétaire d’État chargée de la Ville.

Un point de vue précieux

Accueillies par la secrétaire d’État chargée de la Ville, les marcheuses ont exprimé leurs attentes et partagé leurs expériences de terrain. « Les habitantes ont une pratique spécifique de l’espace urbain. Leur regard est précieux », a déclaré Chantal Uytterhaegen, présidente de France médiation, en ouvrant cette première journée nationale de retour d’expériences.

Entre septembre 2014 et janvier 2016, ce dispositif a été expérimenté dans 12 villes françaises : Amiens, Arcueil, Avignon, Bastia, Bordeaux, Creil, Lille, Mons-en-Barœul, Montreuil, Paris (20e arr.), Rennes et Saint-Étienne.

Inventées au Canada dans les années 1990, les marches exploratoires sont des diagnostics de l’environnement urbain conduits par des habitantes. Elles sont organisées en lien avec les instances locales impliquées dans la vie et l’aménagement des quartiers : municipalités, bailleurs sociaux, préfectures, directions départementales de la cohésion sociale (DDCS), caisses d’allocations familiales, associations locales etc. Leur objectif : faire des préconisations afin de remédier aux situations non sécurisantes et aux dysfonctionnements que ces femmes rencontrent au quotidien.

Quand les femmes marchent, c’est toute la collectivité qui en bénéficie

Construction d’un abri aux abords de l’école, réparation de l’éclairage public, sensibilisation au tri des déchets, mise en place d’un jardin solidaire… Quand les femmes marchent et font des propositions pour améliorer le cadre de vie, c’est tout le quartier et la collectivité qui en bénéficient. Pour Chantal Uytterhaegen, « les villes qui ont participé à l’expérimentation ont compris l’importance des marches ».

Ces marches militantes ont également permis aux femmes de se réapproprier, en groupe, des lieux qu’elles préfèrent éviter lorsqu’elles sont seules. Et aussi de booster leur estime d’elles-mêmes. Certaines ont même retrouvé le chemin de l’emploi ou monté une association. « C’est une manière de montrer qu’on est là, qu’on existe ! », rappelle Mme Mouffok, marcheuse à Creil.

Véritable leitmotiv de la journée, l’envie de pérenniser la (dé)marche est apparue comme l’une des grandes préoccupations des femmes engagées dans ce dispositif participatif. Message entendu puisque la secrétaire d’État a annoncé que les marches exploratoires seront généralisées dans tous les quartiers prioritaires par le biais du contrat de ville. « Les femmes s’investissent beaucoup plus que ce que l’image des quartiers peut renvoyer », a conclu Hélène Geoffroy.

Ce qu’elles en disent

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nathalie-caouren.png, par flavictoire

 

« J’ai participé aux marches organisées dans le quartier du Kercado, à Vannes. C’est un quartier auquel je suis très attachée. J’y ai vécu pendant plusieurs années. C’est un quartier avec une vie associative et sportive très riche, mais les conditions de vie se dégradent.

À cause des dealers, l’éclairage ne fonctionne plus, les espaces verts ne sont pas propres. Nous avons pointé ces problèmes lors d’une marche à laquelle le maire, le préfet, le bailleur et le commandant de police ont participé. Ils ont pu constater les dysfonctionnements, en direct, et répondre à certaines de nos préoccupations. Bientôt, une marche devrait être organisée sur le quartier de Menimur, où j’habite désormais. »

Nathalie Caouren, marcheuse à Vannes (56) et membre de l’association d’éducation populaire « Mine de rien »

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mme-mouffok.png, par flavictoire

 

« Mon mari est membre du conseil d’administration d’Intermaid [NDLR : l’association qui coordonne, à Creil, les marches exploratoires]. C’est lui m’a poussée à rejoindre le groupe de marcheuses. Nous marchons pour dire qu’on est là, qu’on existe ! On peut apporter des choses à la ville. »

Mme Mouffok, marcheuse à Creil (60)

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philomene-kpadenou.png, par flavictoire

 

« Grâce aux marches, j’ai redécouvert mon quartier. Bien que j’y habite depuis très longtemps, il y avait des endroits que je ne connaissais pas : certains espaces sont exclusivement occupés par des hommes. C’est un des problèmes que nous avons relevé, tout comme la défaillance de l’éclairage, l’absence d’équipement pour s’abriter aux abords de l’école, le jet de détritus par les fenêtres.

Nous avons exigé pour chacune de nos revendications un délai de réponse de la part du maire, des bailleurs et des techniciens, qui ont assisté à notre marche de restitution. Les choses bougent !

Avec les marcheuses, nous avons eu l’envie de nous engager davantage : nous avons monté l’association « Femmes solidaires du Lac » pour lutter contre les discriminations. »

Philomène Kpadenou, marcheuse à Bordeaux (33)

 

FOCUS

La SNCF organise des marches dans ses gares

La pratique des marches exploratoires essaime. Mobilisé dans la mise en œuvre du plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences dans les transports, le Groupe SNCF organise, de son côté, des marches dans et aux abords de ses gares.

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sncf_marche_gares_06_02_17.jpg, par flavictoire

Corinna Laviolette, chargée de mission à la ville de Pierrefitte-sur-Seine - Aline Tchabda, usagère du RER D - Driss Touil, direction de de la sûreté SNCF

 

« Cette démarche  est co-construite avec la municipalité. Nous nous accordons sur le lieu, la date et l’horaire de la marche. Et nous signons un protocole d’accord », explique Driss Touil de la direction de la sûreté SNCF. Gage à la Ville de recruter les marcheuses.

Depuis juillet 2015, 120 municipalités ont répondu positivement à l’appel lancé par le Groupe. Pour l’heure, 24 marches ont été organisées sur tout le territoire. « La parole est aux usagères, pas à la SNCF ni aux élus. C’est un moment privilégié, qui se termine toujours par un debriefing sur leurs ressentis, leur attentes et leurs suggestions pour améliorer leur quotidien », insiste Driss Touil. Des observations qui  peuvent ensuite faire l’objet d’un plan d’actions correctives. Le groupe s’engage à faire un suivi au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), où il siège.

Pour aller plus loin
 

Lire notre publication, En bref n°17 « Quand des femmes changent leur ville en marchant ».
 
Lire aussi le guide référentiel Genre et espace public - Les questions à se poser et les indicateurs pertinents à construire pour un environnement urbain égalitaire, édité par la maire de Paris (2016) : https://api-site.paris.fr/images/85756

 

© N. Moulène/Communication CGET